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ETHNOGRAPHIE DE LA POTERIE
EN AFRIQUE DE L’OUEST

Depuis 2003, le CReA-Patrimoine finance un vaste projet consacré à l’ethnographie de la poterie : l’Atlas des traditions céramiques du Niger. Il est également associé au projet ERC Crossroads of empires: archaeology, material culture and socio-political relationships in West Africa, dont un volet porte sur l’étude comparée des traditions céramiques de part et d’autre de la frontière entre le Niger et le Bénin. Ces travaux prolongent une tradition de recherche sur la poterie africaine amorcée à l’ULB au début des années 1970 et redynamisée dans les années 1990 par le projet ARC Céramiques & Sociétés (1994-1999).

 

Atlas des traditions céramiques du Niger

carteAire couverte par le projet Atlas des traditions céramiques du Niger.Vaste espace situé entre le fleuve Niger et le Lac Tchad, à cheval entre le Sahara et les savanes boisées d’Afrique de l’Ouest, le Niger a vu apparaître les premières productions céramiques du continent africain. Il témoigne, dans ce domaine, d’une vitalité qui ne s’est jamais démentie. Au sud du pays, où se concentrent les populations sédentaires (Songhay, Zarma, Dendi, Hausa, Kanuri), des centaines de centres de production sont encore en activité, où travaillent des individus isolés, des familles entières ou de larges communautés d’artisans.
Certains centres fonctionnent sur un mode pratiquement industriel (près de Maradi et de Zinder notamment) ; d’autres s’inscrivent dans une économie de production de type domestique. Dans l’un et l’autre cas, la poterie demeure un enjeu social, économique et parfois même politique de première importance. Son étude permet dès lors d’approcher l’histoire et le fonctionnement des populations dans une zone cruciale, située à la croisée des grands empires et des circuits d’échange précoloniaux.
Pour atteindre cet objectif, différentes approches sont combinées : observations ethnographiques, cartographie des traditions (techniques, formes, décors), enquêtes sur la distribution et l’usage des produits, collectes de traditions orales, biographies d’artisans.

Historique du projet

Mise en place des récipients dans une aire de cuisson collective à Adankole (mars 2005). Le projet d’Atlas des traditions céramiques du Niger fait suite à une mission d’expertise menée en février 2002 en partenariat avec la Ville d’Andenne et le Ministère de l’Artisanat et du Tourisme du Niger. Une vingtaine de centres de production avaient été visités à cette occasion, dont les productions permettaient de mesurer l’ampleur, le dynamisme et la diversité des traditions céramiques du pays. C’est à cette occasion que des liens ont également été établis avec les chercheurs de l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH) de Niamey, qui sont aujourd’hui partenaires du projet avec le Ministère de l’Artisanat et du Tourisme au Niger.
Depuis 2003 un financement annuel du CReA-Patrimoine permet un travail de collecte systématique des données. Sept missions ont déjà été menées sous la direction d’O. Gosselain, auxquelles participaient Doulla Sindy (assistant de recherche) et plusieurs étudiantes de l’Université Libre de Bruxelles et de l’Université Abdou Moumouni de Niamey : Mlles Awa Adam Aborak, Claire Corniquet, Els Cranshof, Marie Demeuter, Estelle De Plaen, Diana Duque, Hind El Ayoubi, Valérie Lejeune, Anaïs Osele, Sabine Tournemenne et Julie Vanassche.
L’une des participantes, Claire Corniquet, a entrepris en 2007 une recherche doctorale consacrée à l’inscriptions sociale et spatiale des savoirs céramiques au sud du Niger. Celle-ci aété financée par unebourse mini-ARC. Son travail de terrain, mené dans l’Arewa et au nord-ouest de Zinder, a considérablement enrichi la base de données et les réflexions menées sur l’interprétation des faits techniques.
En 2009, une mission a également été réalisée en partenariat avec le Musée des Confluences de Lyon. Il s’agissait de collecter des récipients et des renseignements qui seront exploités dans le « parcours tactile » de la future exposition permanente « Que faisons-nous ? ».

Travail de terrain

Aïsa Hamadou et sa fille Aïnaa au travail dans la cour de leur habitation à Attari (février 2009). Entre 2003 et 2007, le travail a été mené d’Ouest en Est et du Sud vers le Nord, afin d’obtenir une vue d’ensemble des traditions existantes et de localiser les zones ou les centres devant faire l’objet d’études plus approfondies. Ce second volet du travail a débuté en 2009, avec pour principal objectif de mieux cerner l’histoire et la dynamique d’évolution des savoirs mis en oeuvre par les artisans.
Sur le terrain, les centres de production sont identifiés par prospection systématique le long des voies de communication. Celle-ci est renforcée par les informations collectées auprès des artisans eux-mêmes ou sur les marchés. Dans chaque centre localisé, l’enquête combine observations techniques, entretiens et collecte de données diverses (matériaux, outils, produits finis, lexiques, iconographie, éléments biographiques). Depuis 2004, une partie des entretiens porte sur les connaissances que possèdent les artisans des traditions développées dans d’autres localités ou d’autres régions. Il s’agit de mieux cerner la façon dont se développent les représentations relatives aux techniques et à leurs usages, mais également de caractériser les espaces au sein desquels circulent les connaissances.
À ce jour, les enquêtes ont été menées dans 376 centres de production, auprès de plus de 650 potières et potiers. L’essentiel de la zone d’implantation des communautés sédentaires est couvert, ce qui représente une bande de quelques 1500 Km de long et 500 Km de large, avec une extension centrale vers le nord (région d’Agadez). Il s’agit à ce jour du plus vaste travail comparatif entrepris sur le continent africain, ce qui offre un extraordinaire potentiel scientifique dans les domaines de l’anthropologie et de l’histoire.

Bilan scientifique

Deux adolescents du quartier Dakawa, à Jiratawa, se passent un récipient qui vient d'être couvert d'un engobe et doit encore être poli (février 2009).

Au-delà de la richesse des informations collectées, les enquêtes de terrain confirment l’extraordinaire hétérogénéité et le dynamisme des traditions céramiques nigériennes. Des variations techniques, morphologiques ou ornementales sont perceptibles à des niveaux parfois très locaux : d’un centre de production ou d’une micro région à l’autre, elles constituent de véritables signatures. Quant aux changements, ils affectent tous les niveaux de la chaîne opératoire et s’opèrent pratiquement sous les yeux des enquêteurs. 
La confrontation des cartes de distribution et des enquêtes de terrain souligne l’importance des échelles d’analyse. L’échelle de référence des personnes interrogées s’accorde rarement, en effet, avec celle du chercheur. Il faut « descendre » au niveau local ou micro-régional pour que la distribution spatiale des techniques prenne sens. Celle-ci découle d’un ajustement constant des pratiques, les artisans puisant dans un répertoire technique et esthétique qui s’est constitué sur la longue durée et est aujourd’hui largement répandu.
Dans de nombreux centres, l’activité céramique paraît s’être développée assez récemment, sous l’impulsion d’une potière venue en mariage ou d’un groupe d’artisans migrants. Les récits collectés sur le terrain sont parfois suffisamment précis pour que l’on retrace au fil des décennies la façon dont une tradition a « voyagé » dans l’espace. On peut alors expliquer pourquoi certaines techniques cohabitent avec d’autres dans une région donnée, voire dans une même localité.
Si ces mouvements ont un impact sur la distribution spatiale des traditions, ils engendrent surtout une lente sédimentation des pratiques dans des espaces très larges. Les données collectées dans les départements de Zinder et Diffa montrent notamment comment les réseaux familiaux existants – qui orientent et déterminent l’ampleur des déplacements individuels — se superposent remarquablement à certaines distributions spatiales de traits techniques. Dans ce cas, un processus de renforcement des pratiques est à l’oeuvre au sein d’ensembles sociotechnique dont la configuration est liée à l’histoire politique de la région au cours des trois dernier siècles.
Au « temps long » de la sédimentation technique vient s’articuler le « temps court » des interactions directes entre les individus (artisans, clients, intermédiaires). Celles-ci impliquent de micro-phénomènes de distinction et d’affiliation qui peuvent se concrétiser par l’usage de variantes techniques, morphologiques et ornementales. À côté de stratégies que l’on peut qualifier « d’opportunistes » (dont la finalité est principalement économique), des rapports identitaire très forts peuvent être noués avec certains aspects de la chaîne opératoire. C’est particulièrement le cas des techniques de façonnage, conçues comme un « héritage » dont les spécificités sont susceptible d’être délibérément maintenues au fil des générations ou au contraire contestées lorsque les artisans redéfinissent leur identité.
De ce point de vue, les enquêtes effectuées au Niger montrent que les informations ne prennent sens qu’une fois replacées dans le contexte spatial et social où se pratique l’activité. La mobilisation constante de ressources écologiques, humaines, économiques et infrastructurelles crée des configurations singulières d’éléments qui sont rarement imputables au seul domaine de la poterie. Elles correspondent en fait aux « espaces d’expérience » des individus, au sein desquels ils développent leurs activités quotidiennes, leurs interactions sociales et, au final, un double sentiment de familiarité et d’appartenance. C’est dans ces « espaces d’expérience » que se décrypte le mieux les micro-dynamiques d’évolution des traditions.

 

Crossroads of empires: archaeology, material culture and socio-political relationships in West Africa (2011-2015)




Cuves à teinture hors d'usage dans un quartier de Karimama, au nord du Bénin. Le site a été abandonné depuis une cinquantaine d'années et devra faire l'objet d'une réhabilitation. Il est emblématique d'un secteur d'activité qui a favorisé l'économie de la région durant les 18
e et 19e siècles.

Ce projet financé par une bourseERC Starting Grant est dirigé par Anne Haour (University of East Anglia, Norwich, UK) et mené en collaboration avec Paul Adderley (University of Stirling, UK), Didier N’Dah (Université d’Abomey-Calavi), Oumarou Ide (Université Abdou Moumouni, Niamey), Alexandre Livingstone Smith (MRAC), Veerle Linseele (KUL), Carlos Magnavita (Universitat Frankfurt) et O. Gosselain

L’objectif est d’éclairer l’histoire économique, politique et religieuse des empires d’Afrique de l’Ouest entre 1200 et 1850, au moment où débute l’entreprise coloniale. Focalisé sur l’archéologie et l’histoire, le projet considère une région située de part et d’autre du Fleuve Niger, aux confins du Bénin, du Niger et du Nigeria. En combinant fouilles archéologiques, collectes de traditions orales, technologie comparée et analyse des cultures matérielles anciennes et actuelles, le projet cherche à reconstituer les mouvements de populations, l’évolution des frontières politiques et économiques, l’ancrage matériel des identités et le rôle ou l’effet des artisans spécialisés dans ces processus. Outre des avancées pratiques et théoriques, l’un des intérêts du projet est qu’il combine plusieurs approches (prospections géophysiques, photographie aérienne, analyses de sédiments et de restes fauniques, recueil de traditions historiques, technologie comparée, reconstitution des chaînes opératoires…) et qu’il a pour vocation de contribuer à la formation d’étudiants et de jeunes chercheurs, tant dans la sous région qu’en Europe.

Travail de terrain

Une première mission a été effectuée du 14 février au 03 mars 2011. L’équipe était constituée d’Anne Haour, Didier N’Dah, Oumarou Banni Guene et Nestor Labiyi (Université d’Abomey-Calavi), Alexandre Livingstone Smith (MRAC) et Olivier Gosselain. Outre une prospection archéologique systématique le long de la rive méridionale du fleuve Niger, des fouilles ont été menées sur le site d’habitat de Birnin Lafya, qui comporte plusieurs niveaux d’occupation caractérisés par des pavages en céramique. Des enquêtes ont parallèlement été menées dans plusieurs dizaines de villages afin de collecter les traditions orales et des informations relatives à différentes activités techniques (poterie, métallurgie, tissage, teinturerie).

 



Pour en savoir plus :

Contact

Olivier Gosselain

 

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