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Aiseau-Presles

Le sanctuaire gallo-romain d’Aiseau-Presles

Depuis 2011, le CReA-Patrimoine mène des fouilles sur le sanctuaire de « La Taille Marie » à Aiseau-Presles (province de Hainaut). Le site, occupé du Ier siècle avant notre ère jusqu’à la fin du IVe siècle, a livré un temple et diverses structures gallo-romaines liées aux activités religieuses. Une grande quantité de matériel y a été découverte, notamment des objets miniatures reflétant des pratiques rituelles inédites dans nos régions.

Vue aérienne des fouilles du sanctuaire d’Aiseau-Presles © CReA-Patrimoine/ULB.

« Indépendamment des bâtiments que nous venons de décrire, il y en avait d’autres, mais plus petits, situés à environ 150 mètres au sud-ouest, près de la porte d’entrée du parc de la famille d’Oultremont. Ces bâtiments qui n’ont pas été fouillés sont situés sur une éminence. (…)  Les substructions que nous signalons devaient avoir une destination, car une femme qui habite près des lieux où on a fait les fouilles, la veuve Servotte, et dont le témoignage ne nous est pas suspect, nous a dit qu’un jour ses père et mère travaillant sur l’emplacement des ruines avaient vu le sol s’effondrer et que dans une petite place souterraine ils avaient trouvé bon nombre de piques ». Ce témoignage curieux, daté de 1878, constitue la première mention du sanctuaire d’Aiseau-Presles. Il figure  dans le rapport que Joseph Kaisin, président de la Société archéologique de Charleroi, publia suite à ses fouilles de la grande villa d’Aiseau, située à quelques centaines de mètres du sanctuaire. Mais ce n’est qu’un siècle plus tard que les premières recherches furent menées sur le lieu de culte, par Jean Gabriel et le Cercle d’archéologie O.R.A. de Mettet. Quelques sondages furent exécutés en 1983 et en 1987, aboutissant à la découverte d’un grand nombre de monnaies, de fibules et de vases en terre cuite de petite taille. Un programme de recherches, financé par le Service public de Wallonie (SPW), consacré à ce site est en cours depuis 2010, sous la direction du Centre de Recherches en Archéologie et Patrimoine (CReA-Patrimoine) de l’ULB. Trois campagnes de fouilles se sont déroulées durant les étés 2011, 2012 et 2013, couvrant au total une superficie de 1600 m2. Elles ont été menées par des chercheurs et des étudiants de l’ULB ainsi que par de nombreux bénévoles.

Le temple en cours de fouille en 2012
© CReA-Patrimoine/ULB.

L’empierrement situé à l’ouest du temple en cours de fouille en 2013 © CReA-Patrimoine/ULB.

L’empierrement situé à l’ouest du temple
© CReA-Patrimoine/ULB.

Vases à boire ou bouteilles de petite taille datées du 1er s. BC ou du 1er s. AD © CReA-Patrimoine/ULB.

Semis au taureau daté du règne d’Auguste
© CReA-Patrimoine/ULB.

Ensemble de socs d’araire miniatures en fer
© CReA-Patrimoine/ULB.

Le sanctuaire de « La Taille Marie » est localisé à la limite des anciennes entités de Presles et d’Aiseau, aujourd’hui fusionnées. Le territoire de la commune d’Aiseau-Presles est traversé par la Biesme dont le confluent avec la Sambre est situé à quelques kilomètres du sanctuaire. Dans l’Antiquité, l’endroit appartenait à la cité des Tongres. Le sanctuaire a été implanté en surplomb d’un talus formant un dénivelé de deux mètres. Ce talus naturel a été formé au Pléistocène par l’encaissement de la Sambre. Utilisant le talus comme podium naturel, le temple dominait de la sorte tout le vallon de la Biesme et la grande villa d’Aiseau qui s’y était installée.

Antérieur au temple, un premier sanctuaire daté de la fin de l’âge du Fer et du début de l’époque romaine a été repéré. Il est caractérisé par une couche d’occupation témoignant d’une forte fréquentation des lieux. Au sein de cet horizon, huit zones de plusieurs mètres carrés « d’épandage » de matériel  archéologique ont été découvertes. Elles se répartissent grosso modo à l’emplacement du futur temple gallo-romain et ont livré plusieurs milliers de tessons de céramique, des fibules, des monnaies, des restes fauniques ainsi que des objets en fer, notamment des objets miniatures. Plusieurs dizaines de petits pots qui nous sont parvenus complets semblent avoir été utilisés comme petites bouteilles ou comme vases à boire. Quelques trous de poteau, situés dans le même secteur, pourraient témoigner d’une première structure religieuse construite en matériaux légers durant la seconde moitié du Ier siècle ap. J.-C.

Un temple gallo-romain classique à cella carrée et galerie périphérique a été dégagé en 2011 et 2012. Malheureusement, les bétons de sol ainsi que les murs ont été complètement démantelés : les tranchées de récupération des fondations des murs permettent néanmoins de restituer une cella de 6 m de côté et une galerie externe de 12 m de côté. Les abords du temple ont été aménagés par un vaste empierrement. Les fouilles ont également permis de mettre en évidence des zones laissées délibérément non empierrées. Le matériel archéologique permet de situer la construction du temple dans les années 100/110 de notre ère. Le bâtiment et l’aire sacrée semblent avoir été fréquentés durant les IIe, IIIe et IVe siècles de notre ère. Le temple fut abandonné et démantelé au milieu du IVe siècle. Lors de la campagne 2013, un grand nombre de monnaies datées de la seconde moitié du IVe a été découvert dans un secteur situé au sud-ouest du temple : cela semble indiquer une dernière fréquentation à caractère religieux des lieux et ce, malgré la destruction du temple.

Plus de 1500 objets en métal ont été enregistrés lors des trois premières campagnes de fouilles, dont 246 monnaies, 245 fibules, une centaine d’objets en alliage de cuivre et 750 objets en fer. La répartition spatiale de ce mobilier métallique a permis de préciser les zones les plus fréquentées au cours des quatre siècles d’occupation du site. L’aire sacrée empierrée tout autour du temple a livré plusieurs structures qui nous permettent d’appréhender les activités religieuses pratiquées à Aiseau-Presles. Cinq fosses ont livré des vases complets associés à des cendres. Il pourrait s’agir des restes des repas partagés avec les dieux au cours des cérémonies religieuses ou d’offrandes, en partie alimentaires. Concernant les divinités honorées au sanctuaire d’Aiseau-Presles, nous sommes dans la plus grande ignorance, en raison du démantèlement complet du temple et de la statue qu’il abritait. Comme souvent en Gaule du Nord, ce sont de tout petits objets qui nous éclairent quelque peu, comme cette statuette en alliage de cuivre découverte en 2013 représentant une victoire. Une languette en plomb torsadée, portant une inscription, renvoie quant à elle à des pratiques magiques, jusqu’à présent peu connues dans les sanctuaires.

Une dernière catégorie d’objets illustre des pratiques rituelles tout à fait inédites dans l’Empire romain : il s’agit de socs d’araire en fer miniatures. Au total, 666 objets ont été répertoriés à Aiseau-Presles. Ces objets, ne dépassant que rarement les dix centimètres de longueur, présentent les mêmes caractéristiques que leurs correspondants grandeur nature. L’aire de répartition montre qu’ils ont été disséminés à travers tout le site, avec une zone de concentration située au sud-ouest du temple. Ils semblent avoir été enfouis dans le sol volontairement. Nous pouvons sans doute les rapprocher des « piques » mentionnées dans le rapport de J. Kaisin. L’usage d’objets miniatures au sein de la religion gallo-romaine est un phénomène courant, surtout attesté au début de l’Empire, mais on n’avait pas encore découvert de socs miniaturisés. Ces derniers ont vraisemblablement été utilisés comme offrandes, lors des fêtes religieuses. Toutefois, on ignore à quelle divinité – « sans doute un dieu local » – ils ont été offerts et quelle signification ils revêtaient…

 

Statuette en alliage de cuivre au moment de la découverte en 2013 et après restauration © CReA-Patrimoine/ULB.

Durant la période romaine, le temple dominait la grande villa d’Aiseau, un tumulus ainsi qu’une petite nécropole située plus au Nord. Il est donc vraisemblable qu’il s’agisse d’un lieu de culte privé, situé en périphérie d’un vaste domaine rural. Les fouilles à venir, tant au niveau du sanctuaire que de la villa devront confirmer cette hypothèse.

 


Ce programme de recherche est développé en collaboration avec la Direction de l'archéologie du Service public de Wallonie.


Contact

Nicolas Paridaens

 

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