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Apamée (Syrie)


carte-syrieCarte de SyrieLe site archéologique d’Apamée est situé en bordure orientale de la plaine de l'Oronte, entre les monts al-Saheliyeh et le plateau steppique de la Syrie du Nord (communément appelé le Massif Calcaire). L’établissement antique s’est développé autour d’un imposant tell qui surplombe d'une centaine de mètres la dépression du Ghab. Ce tell servit d’acropole à l’époque hellénistique, transformée en citadelle (Qalat al-Mudiq) à l’époque médiévale. Identifié à la cité antique d’Apamée depuis le milieu du XIXe siècle, le site connut sa première exploration archéologique en 1928, à l’initiative de Franz Cumont qui convainquit la Belgique d’y conduire des missions régulières, placées alors sous la direction de Fernand Mayence et d’Henri Lacoste. Sept campagnes eurent lieu avant la Seconde Guerre Mondiale, suivie de deux brèves missions en 1947 et en 1953. À partir de 1965, à la demande de la Direction Générale des Antiquités et Musées de Syrie, la Belgique reprit régulièrement ses missions archéologiques et constitua le "Centre belge de recherches archéologiques à Apamée de Syrie", désormais accueilli par l’Académie royale de Belgique. Jean Charles Balty, Professeur à l’Université libre de Bruxelles, assuma la direction des fouilles durant de nombreuses années. Depuis 2001, le CReA-Patrimoine est directement impliqué dans la fouille d'Apamée, sous la direction du Professeur Didier Viviers.

planPlan d'ApaméeOccupé dès le Paléolithique moyen, le site connut un important établissement au Néolithique et à l'Âge du Bronze avant de porter le nom de Pharnaké à l'époque perse. Dans la foulée des victoires d’Alexandre le Grand, il reçut une garnison macédonienne et prit le nom de Pella. Il fut ensuite rebaptisé du nom d’Apamée, en l’honneur de son épouse, la princesse perse Apama, lorsque Séleucos Ier Nicator, y installa une fondation coloniale en 300/299 av. J.-C. La ville constitua dès lors une importante base militaire des rois séleucides et connut, à partir du IIe siècle, un important développement urbanistique. Au tout début de notre ère, sa population (ville et campagne) s’élevait probablement à environ 500.000 habitants, d’après le témoignage du recensement de Quirinus (6/7 ap. J.-C.). Apamée fut l’objet de l’attention particulière de l’empereur romain Claude et bénéficia à nouveau des largesses impériales lors de sa reconstruction au lendemain du tremblement de terre désastreux de 115, qui fut à l’origine d’un renouvellement important de son urbanisme. Sa position stratégique lui valut encore l’installation durant plusieurs hivers de la IIe Légion Parthique (215-218, 231-233, 242-244), lors d’expéditions romaines contre les Parthes. La ville tomba cependant brièvement aux mains du roi sassanide Shapur en 252. Au début du Ve siècle, Apamée devint capitale de la province de Syrie Seconde et chef-lieu d'archevêché. La ville fut fortement endommagée par les tremblements de terre de 526 et 528 avant d'être ravagée et incendiée en 573 par les Perses. Reprise par Héraclius en 628, après six ans d’occupation perse, elle finit par ouvrir ses portes aux Arabes à l’issue de la bataille du Yarmouk en 636. L’acropole continuera cependant à être un enjeu stratégique de tout premier ordre pour les Byzantins, les Francs d’Antioche ou les Musulmans ; les fouilles ont de leur côté révélé la poursuite de l’occupation de certains quartiers de la ville basse au moins jusqu’aux derniers et très violents tremblements de terre de 1157 et 1170.

La ville d'Apamée couvre une superficie d'environ 260 hectares. Son rempart est long de 7 km et semble avoir été construit au IIe s av. J.-C. ; il connut de nombreuses modifications (tracé, tours, réparations) jusqu'à la fin du VIe s. ap. J.-C. La ville s'organise selon un plan orthogonal divisé en îlots et s'articulant sur deux grandes rues à portiques orientées nord-sud (Grande Colonnade) et est-ouest (rue du théâtre). La Grande Colonnade, telle qu'elle apparaît aujourd'hui, relève d’un vaste programme édilitaire mis en œuvre dans le courant du IIe s. Des inscriptions permettent de dater de la fin du règne de Trajan les travaux d’une section de colonnade située dans le tiers nord de son tracé et associée aux Bains de L. Iulius Agrippa, tandis qu’une autre section, située au centre de la ville et dotée de colonnes à cannelures torses, porte des consoles inscrites datées des règnes d’Antonin le Pieux, Lucius Verus et Marc Aurèle.

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Tronçon de la Grande Colonnade d'Apamée

Hormis la Grande Colonnade, peu des vestiges mis au jour à Apamée datent du IIe siècle. À côté des Bains de L. Iulius Agrippa, on mentionnera ceux du quartier nord-est, dont nous reparlerons ci-dessous, l’agora ou encore le théâtre qui, avec ses 139 m de diamètre, est l’un des plus vastes du monde antique et le plus grand de Syrie. Sa construction remonte vraisemblablement à la fin du IΙe siècle. Quant au grand temple de Zeus Bêlos, dont le prestige de l'oracle attira de nombreux visiteurs au nombre desquels on compte l’empereur Septime-Sévère, il fut détruit au IVe siècle. Il n'en reste aujourd'hui plus que ses fondations sur une terrasse surplombant l'agora. La plupart des édifices privés et publics visibles aujourd’hui remontent au Ve et VIe siècles. Les fouilles anciennes ont mis à jour de luxueuses maisons patriciennes organisées autour d'une ou plusieurs cours à péristyle. Parmi elles, mentionnons l’édifice dit « au triclinos », qui occupe les deux tiers d’un îlot et dont on soulignera la qualité des pavements mosaïqués, comme cette délicate personnification de la Terre, entourée des Saisons ou la célèbre « grande mosaïque de chasse », conservée aujourd’hui aux Musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles. C’était là peut-être la résidence d’un des hauts dignitaires de la province, sinon celle du gouverneur lui-même.



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Grande mosaïque de chasse (Édifice dit « au triclinos »)

 

Une dizaine d'églises sont également connues à ce jour dont la Cathédrale de l'Est, formant un complexe de plus de 12.000 m2 à l'est de l'édifice dit « au triclinos ». Cet ensemble architectural qui comprenait également le palais épiscopal est l'un des plus importants de l'Orient ancien.

Depuis 2001, les travaux menés par le "Centre belge de recherches archéologiques à Apamée de Syrie", avec l’appui de l'Université libre de Bruxelles (CReA-Patrimoine) et en collaboration avec d'autres centres de recherches (Centre Ausonius UMR 5607, Université Michel-de-Montaigne Bordeaux 3 ; Institut des Études Anciennes, Université Laval - Québec), se concentrent sur l'étude du Quartier nord-est, sur celle du "Tycheion" et de ses abords (centre de la ville) et sur celle du rempart occidental. Ces travaux sont financés par le Ministère de la Recherche scientifique de la Communauté française de Belgique (Fédération Wallonie Bruxelles), le Fonds national belge de la Recherche scientifique (FNRS) et la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université Libre de Bruxelles.

 




bainsLes bains du quartier Nord-Est : la salle tiède avec les hypocaustes et les quatre baignoires Le programme de fouille du quartier nord-est a pour objectif de comprendre l'organisation d'un des premiers îlots au nord de la ville et son articulation avec l'enceinte. Les recherches se sont tout d'abord intéressées aux structures liées l'adduction d'eau, composées de plusieurs citernes et de l'aqueduc qui pénètre à cet endroit dans la ville par la Tour III. La construction de l'aqueduc remonte au règne de Claude (vers 47/48), comme nous l’apprend une inscription retrouvée non loin de la Porte Nord, mais les installations hydrauliques mises au jour à proximité de la Tour III et à l’intérieur de la ville ont fait l’objet de divers réaménagements au fil des siècles qui ont suivi. Une portion du rempart et de la rue qui la longe ainsi que la Tour II ont également été fouillés de même qu'un ensemble balnéaire situé directement contre la rue du rempart. Les bains du nord-est ont été édifiés au IIe s. et demeurent encore partiellement en usage au VIIe siècle. Le bâtiment, composé d'une dizaine de pièces, subit toutefois au cours du temps une série de modifications dans la fonction de ses espaces et l'organisation du circuit balnéaire. Une large partie de ce complexe sera ensuite occupée sous forme d'habitat jusqu'aux époques ayyoubide et mamelouke (XIVe siècle). Plus au sud ont été mis au jour trois portiques d’une cour à péristyle qui pourrait appartenir à une palestre. Un bâtiment annexe situé à l'ouest de la palestre ainsi qu'un large édifice byzantin, situé au sud du complexe sont également en cours d'étude. Enfin des sondages ont été réalisés sur plusieurs tronçons de la deuxième rue transversale (rue E), perpendiculaire à la Grande Colonnade de la ville, permettant de dégager les niveaux de circulation romains et ceux rehaussés de l'époque byzantine.


tycheonTycheionLes travaux ont également repris dans le centre ville, autour du "Tycheion", imposant bâtiment public situé entre l'agora et la Grande Colonnade, avec pour objectif d'établir la fonction et la chronologie de l'édifice. On doit la désignation traditionnelle du monument à la découverte en 1938 dans ses ruines d’une inscription sans doute remployée mentionnant un temple à la Fortune. L’édifice dont la fonction première reste inconnue (nymphée, odéon) semble avoir été reconstruit au milieu du IIe s. sur les fondations d’un édifice datant du milieu du Ier s. ap. J.-C. Sa façade orientale est aujourd’hui constituée de remplois, résultat d’une nouvelle reconstruction dont la date reste indéterminée. L'hypothèse d'une réaffectation de ce monument public en église à l'époque byzantine n'est pas à exclure. Les fouilles indiquent que l’environnement proche du monument subit une transformation radicale à la fin du IVe s. ou au début du Ve s. puis une occupation intense à l’époque omeyyade et surtout à l'époque abbasside.

Enfin, un tronçon oriental de l'enceinte fait également l'objet d’une étude approfondie. Les fouilles ont démontré l’existence de deux segments de remparts différenciés, l’un d’époque hellénistique de direction nord-ouest/ sud-est, l’autre, d’époque romaine, reposant partiellement sur le premier tronçon. Les remparts paraissent avoir été démantelés assez précocement (entre les VIe /VIIe s. et les Xe/XIe siècles), dans un secteur de la ville désormais abandonné.

Conjointement à la fouille, le CReA-Patrimoine mène en collaboration avec des chercheurs belges et étrangers, différents programmes de restauration, d'analyse architecturale et d'étude du matériel céramique, du verre, des objets en fer, des monnaies ou encore de la faune. Depuis 2007, les résultats des campagnes sont présentés annuellement dans la Revue Belge de Philologie et d’Histoire (fascicule 1 : Antiquité).

 



Contact

Didier Viviers

 

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