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El Castillo (Espagne)

La grotte d’El Castillo est située sur le versant nord-est de la montagne du même nom, dans la commune de Puente Viesgo (Cantabrie, Espagne). Son développement actuel est de 759 m. L’entrée de la cavité se trouve à 195 m d’altitude. Le réseau comprend un grand nombre de salles et de couloirs de dimensions et de volumes variables, formant autant d’espaces distincts. Découvertes en 1903, les figures pariétales d’El Castillo ont été publiées en 1912 par H. Alcalde del Río, H. Breuil et L. Sierra (Les cavernes de la région cantabrique), dans la collection financée alors par le Prince Albert Ier de Monaco. Outre les relevés qu’il y fit, Breuil mit au point dans cette grotte ornée sa célèbre méthode de « stratigraphie pariétale », qui lui permit de préciser les étapes de l’évolution de l’art du Paléolithique.

plan

Plan de la cavité.

 

Déjeuner à Castillo en 1913 : 2e personnage à gauche, H. Breuil ; personnage à l'avant-plan à droite, P. Teilhard de Chardin. Équipe 2005 : de gauche à droite, J. González Echegaray, M. Groenen, J.M. Ceballos, V. Bebronne, M.C. Groenen.

La grotte d’El Castillo est l’un des sites majeurs de la Préhistoire, par sa séquence stratigraphique qui s’étend de l’Acheuléen à l’âge du Bronze, par son art mobilier et surtout par son art pariétal. Le site a été inscrit en juillet 2008 sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Aucun travail d’ensemble n’avait été effectué depuis la première publication. C’est pourquoi nous avons repris l’étude du site en 2003. Le premier volet de l’étude (2003-2010) a consisté en un réexamen complet des parois en vue de faire le recensement de toutes les unités graphiques. Les résultats obtenus sont importants : près de 2.500 unités graphiques peintes, dessinées, gravées et sculptées ont été étudiées (l’étude ancienne faite par H. Breuil en comptait 220). Ils seront publiés dans le volume 1 de la monographie, dont la parution est prévue en 2012. Le second volet, qui a débuté en 2011, concerne l’étude des multiples traces d’actions rituelles (bris, dépôts, prélèvements…) et de destructions symboliques de figurations qui émaillent la cavité et font de la grotte ornée un lieu où s’exprime une métaphysique complexe, dont il apparaît désormais que le « décor » pariétal ne constituait que la partie congrue.


Étude de l’art pariétal


Mains négatives et bison jaune du Plafond des Mains.


Quadrangulaires cloisonnés du Recoin des Tectiformes.


Biche gravée du Plafond des Mains.

Le travail a débuté par l’examen visuel de toutes les zones du réseau et la localisation précise des motifs, figuratifs et non figuratifs, en vue de déterminer avec précision les parties de la grotte qui ont été intégrées par l’homme paléolithique. Malgré les imposantes dimensions de la cavité, nous avons choisi de relever toutes les traces anthropiques sur support numérique, et ce jusque dans les zones les moins faciles d’accès. Outre le fait que le résultat est immédiatement visible, cette technique permet également, grâce à des logiciels adaptés, d’améliorer considérablement la lecture de motifs indistincts et de suivre l’évolution de la conservation des motifs au fil des saisons. Les performances de plus en plus optimales du traitement de l’image numérique ont entraîné une réorientation de notre méthode de travail. Il est apparu que certaines zones de la grotte comportaient les traces de nombreux motifs non vus lors de l’examen des parois. C’est pourquoi nous avons entrepris une couverture photographique totale des parois de la grotte. L’analyse de cette énorme masse de données est en cours.

Par ailleurs, le souci d’articuler les motifs et les espaces du réseau nous a conduits à réaliser une saisie numérique 3D partielle de la grotte, mais aussi une série de séquences filmées en haute définition, afin de conserver dans nos archives l’illustration de notre méthode de travail, des indications sur la compréhension que nous avons aujourd’hui de l’espace souterrain ainsi qu’une trace de l’état actuel des aménagements de la grotte. Une partie de ces informations est destinée à la réalisation d’un documentaire qui accompagnera la publication monographique.

La plupart des figures découvertes et relevées par les auteurs des Cavernes de la région cantabrique ont été corrigées ou réinterprétées. Surtout, de très nombreux motifs nouveaux viennent enrichir notre corpus. L’état actuel des travaux démontre que tous les espaces de la grotte ont été décorés, jusque dans les recoins les plus difficiles d’accès. À cet égard, il faut mentionner la découverte de gravures au sol dans la partie la plus profonde de la grotte (le Tréfonds), ainsi que celle d’un diverticule bas comprenant des motifs géométriques violets, dans une zone de la cavité (l’Entrée gravettienne) où aucun motif peint n’avait jamais été vu. De même, la mise en évidence de représentations animales sculptées sur la « paroi terreuse » du fond de la Salle A constitue une autre découverte inattendue.

 



Examen des parois.                                                           Scannage 3D et photographie.




Empreinte de pied d'enfant dans l'Entrée gravettienne.


Dépôt d'une lame en quartzite du Bas-Côté.

Traces de présence humaine :
dépôts, prélèvements, empreintes

Lors de nos investigations, il est apparu que la grotte contenait également de nombreuses traces d’activités préhistoriques, telles que des bris de concrétions et de petits dépôts d’objets divers. La découverte de plusieurs empreintes de pied d’enfant au sol a amené en 2009 un réexamen complet du réseau, afin de procéder à l’enregistrement de ces traces archéologiques – toutes inédites.

Les dépôts de matériaux importés dans la grotte ou transportés d’un lieu du site à un autre sont étonnamment diversifiés. Ils témoignent de gestes en relation avec des espaces qui devaient avoir un sens particulier. Certains de ces dépôts ont nécessité à plusieurs reprises des escalades périlleuses. C’est pourquoi il est légitime de penser que les Paléolithiques devaient avoir une connaissance précise de tous les espaces souterrains.

La situation des objets est variable : on les retrouve fichés dans les anfractuosités étroites des parois, dissimulés dans des niches, déposés au fond de trous dans le sol, ou encore posés au sommet de piliers ou sur le rebord de massifs stalagmitiques. Cette conclusion est, du reste, confirmée par les prélèvements d’argile extraite des parois dans les zones les plus profondes de la cavité ou de petits galets ôtés de leur gangue argileuse dans les parties discrètes (niches) et peu accessibles du réseau. Enfin, les empreintes de pieds d’enfants très jeunes se trouvent jusque dans les parties terminales. Leur étude devrait contribuer à une meilleure connaissance du comportement des visiteurs préhistoriques.

 



Le projet reçoit le soutien financier de l’ULB, du Fonds national de la Recherche scientifique et du Gouvernement cantabrique, Direction de la Culture. Il est co-dirigé par Marc Groenen et Joaquín González Echegaray, dans le cadre d’une collaboration avec l’Instituto de Investigaciones prehisóricas, Santander/Chicago. L’équipe comprend également Marie-Christine Groenen (photographie), Alison Smolderen (film) et José Maria Ceballos (de 2003 à 2006).

Contact

Marc Groenen

 

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