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La romanisation de la région du Viroin

Le site tardo-romain de « La Tonne de Bière » à Fagnolle

 

Fagnolle2Depuis quelques années, le CReA-Patrimoine et le Cedarc/Musée du Malgré-Tout de Treignes développent un programme de recherches visant à étudier la romanisation de la région du Viroin et la pérennité de son occupation à l’époque tardo-romaine. Après les fouilles consacrées au sanctuaire de Matagne-la-Grande jusqu’en 2008, c’est le site rural de Fagnolle qui permet de progresser dans la connaissance de cette partie de la cité antique des Tongres. Le site est également un chantier-école pour les étudiants en archéologie de l’ULB depuis 2009.

Le lieu-dit « La Tonne de Bière » est localisé au sud-est du village de Fagnolle, à l’extrémité méridionale de la commune de Philippeville. Les vestiges se situent sur la frange nord du plateau de la Calestienne, une bande calcaire étroite de quelques kilomètres séparant la Fagne au nord et l’Ardenne au sud, et sur laquelle se concentrent les sites archéologiques dès la Préhistoire.

 

Fagnolle1

Le site a été découvert en 2005 par prospection pédestre. Deux premières campagnes de fouilles menées durant les étés 2009 et 2010 ont permis la mise au jour de plusieurs trous de poteaux, de fosses, d’un foyer et d’une grande fosse d’extraction de limon, particulièrement intéressante : cette fosse semble en effet avoir connu plusieurs phases dont la première est caractérisée par un creusement irrégulier, présentant un fond parsemé de nombreuses cuvettes liées à l’extraction du limon. Un second état montre un creusement régulier en pente douce, aux dimensions nettement plus grandes, avec un diamètre avoisinant les 25 m. Ce creusement pourrait correspondre à un élargissement de l’aire d’extraction du limon ou à la volonté de créer une grande dépression : en effet, la taille, le profil général de la fosse ainsi que l’installation d’un empierrement sur la partie aménagée en pente douce constituent des indices laissant supposer l’utilisation de cette structure en mare à cette époque. Ces aménagements, indispensables aux domaines agricoles antiques, se retrouvent couramment dans nos régions. Toutefois, à Fagnolle, l’absence de phénomènes d'hydromorphie ou de traces éventuelles de piétinement au niveau de l’empierrement ne permet pas pour l’instant de confirmer cette hypothèse. La dernière phase correspond au comblement de la structure, matérialisé par une série d’horizons gris et noirs qui s’apparentent à de véritables « terres noires », suite à un enrichissement anthropique. Ces remblais ont livré un abondant matériel archéologique (céramique, restes fauniques, objets en métal) daté de la fin du IVe siècle.

Si la fonction du four demeure incertaine, plusieurs trous de poteaux semblent témoigner de structures construites en matériaux légers dont le plan n’est toutefois pas encore perceptible. Le site s’apparente pour l’instant à un habitat de l’époque tardo-romaine, au sein duquel se sont développées plusieurs activités artisanales.

Suite aux recherches menées à Matagne-la-Grande et à Fagnolle, il apparaît que le sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse demeure largement romanisé jusqu’au début du Ve siècle, avec une économie et un niveau social restés particulièrement développés, voire plus élevés qu’au Haut-Empire. Cette situation, surprenante au premier abord, pourrait s’expliquer par le maintien des populations durant les périodes de crise, vraisemblablement suite à la politique défensive de la vallée mosane et, dans une autre mesure, de la vallée du Viroin.


Ce programme de recherche est mené en collaboration avec le Cedarc/Musée du Malgré-Tout.


Pour en savoir plus :


Contact

Nicolas Paridaens

 

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