« Trou del Leuve » : grand rasoir à manche annelé du Bronze final

 

Retour aux programmes de recherches en Belgique

L’occupation des grottes dans le Sud de la Belgique :
de la fin du Néolithique au début du Moyen Âge

L’occupation « récente » des grottes dans le sud de la Belgique, et dans la Calestienne en particulier, fait l'objet d'un programme de recherches depuis de nombreuses années. Nous nous intéressons aux vestiges de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer, ainsi qu’à celles d’époque gallo-romaine, voire d’époque médiévale. Ces restes matériels témoignent d’une utilisation très variée de nos cavernes, à travers le temps et l’espace, et montrent qu’elles peuvent être tantôt refuge, tantôt sanctuaire. Les ensembles étudiés ont parfois été explorés anciennement, le matériel archéologique étant dispersé dans de nombreuses collections, à Bruxelles et ailleurs.

Le « Trou de Han »

Le « Trou de Han » à Han-sur-Lesse (commune de Rochefort, province de Namur) constitue incontestablement la pièce maîtresse de l'étude. Il est fréquenté dès le 3e millénaire, au Néolithique récent et final, mais les découvertes du Bronze final, de la fin du 2e et du début du 1er millénaire avant notre ère, sont assurément les plus spectaculaires. Il est encoré visité au XVIIe siècle, par des réfugiés des guerres franco-espagnoles.
Au Bronze final, la Lesse, qui émerge de son long parcours souterrain au travers du Massif de Boine au pied de la « Salle du Dôme », reçoit des milliers d’offrandes, jetées délibérément dans l’eau. Il s’agit tout simplement du site le plus riche en objets métalliques de cette période dans le Nord-Ouest de l’Europe. À l’inventaire des trouvailles, nous retrouvons armes, outils, et parures, dont une série de bijoux en or et les plus anciens objets en verre de cette partie de l’Europe. Nombre de ces objets ont été volontairement brisés ou pliés, tout comme la céramique, qui est aussi d’une qualité exceptionnelle. La moitié des découvertes, faites au cours de plongées réalisées par le CRAF, est d’origine exotique : il s’agit de pièces dont les modèles appartiennent au monde nord-alpin, voire italien.
Notre hypothèse de travail reconnaît dans le « Trou de Han », à l’âge du Bronze final, mais sans doute aussi au 2e âge du Fer, une « bouche des Enfers », un accès au monde des Morts, les objets découverts étant des offrandes funéraires hors tombe.
Un nouvel examen du matériel provenant des fouilles anciennes comme récentes dans les galeries « sèches » donnant sur la Lesse a par ailleurs amené de nouvelles réflexions.
Ainsi le « Pilier stratigraphique », prélevé en 1902 par Edouard de Pierpont dans la « Galerie de la Grande Fontaine », et fouillé en 1981-1982 par Pierre-Paul Bonenfant, a livré une importante séquence de dates 14C, révélant entres autres des « passages » nombreux au 2e âge du Fer. D’après d’autres données nouvelles, mais encore en cours de traitement, parfois le temps d’enterrer un porcelet entier….
Ainsi le fameux dépôt de mâchoires humaines découvert en 1964-1965 par Marc-Edouard Mariën dans la « Galerie des Petites Fontaines », une trouvaille qui a été faite, non par hasard sans doute, à l’endroit que l’on appelle aussi le « Tournant du Jour », a pu être daté également au 14C. S'il n’est pas exclu qu’il ait été déposé aussi tard que le Ier siècle de notre ère, il est certain qu’il contenait des « vieilles pièces ». Antiquités ou reliques ?

Han

« Trou de Han ». À gauche : un des bijoux granulés et filigranés, sans doute d’origine italienne (Villanovien II ?) provenant du lit de la Lesse ; au centre : le « Tournant du Jour » : sous éclairage naturel, l’ouverture du « Trou de Han », sous éclairage artificiel, la « Galerie de la Petite Fontaine » ; à droite : les trois épées complètes (Bronze final III b) recueillies au fond de la Lesse (photos Guy Deflandre).

« Trou del Leuve » : Quelques vertèbres humaines (La Tène final) avec traces de lésions dûes à la décollation de l’individu (d’après Marie-Antoinette Delsaux)

Le « Trou del Leuve »

L’occupation la plus importante du « Trou del Leuve » à Sinsin (commune de Somme-Leuze, province de Namur) appartient également au Bronze final, avec du matériel assez comparable à celui qui a été recueilli au « Trou de Han » de Han-sur-Lesse. Les circonstances, bien sûr, ne sont pas les mêmes : il n’y a pas ici de rivière pour recevoir des offrandes. Le site semble aussi exceptionnellement riche en objets métalliques - bronze et or -, et occupe d’ailleurs en nombre d’objets la deuxième place dans nos régions. Il n’est pas absolument démontré qu’il s’agirait de mobiliers funéraires au sens strict, quoique certains des ossements humains recueillis dans les fouilles d’Alfred Bequet en 1883 ont pu être datés au 14C de la fin du 2e millénaire, comme les bronzes. Un inventaire complet des trouvailles faites dans la grotte avant les travaux de la Direction de l'Archéologie en 2008, en cours, devrait permettre d’y voir plus clair. Il est cependant déjà acquis que des restes humains appartenant au 2e âge du Fer font partie de la collection, tout comme au « Trou de Han » de Han-sur-Lesse et au « Trou de l’Ambre » à Eprave.

La « Roche Albéric »

Les galeries du réseau de la « Roche Albéric » (commune de Couvin, province de Namur) ont livré, comme tout ensemble étudié jusqu’à présent, son lot de surprises. Le matériel humain, composé de trois calottes crâniennes et quelques autres fragments, s’est avéré du Bronze final, daté au 14C de la charnière entre le 2e et le 1er millénaire avant notre ère. Le matériel animal, par contre, appartiendrait, au témoignage de dates absolues obtenues par la même méthode, au 2e âge du Fer. Il n’a certes pas fait l’objet d’une enquête systématique. Le matériel céramique, enfin, date lui aussi, et exclusivement d’ailleurs,  du 2e âge du Fer, et relève des mêmes « séries » que celui du « Trou de Han » ou du « Trou de l’Ambre ».

Et d’autres…

Plusieurs autres ensembles ont été étudiés récemment dans le cadre de mémoires de Maîtrise, telle la « Roche aux Corneilles » de Marche-les-Dames (commune et province de Namur), le « Trou Fanfan » (commune de Hastière, province de Namur), ou encore les grottes de Waulsort (commune de Hastière, province de Namur). Il en ressort que les cavernes fréquentées aux âges des Métaux ne sont pas du tout rares, mais aussi qu’elles ne livrent pas toujours du matériel exceptionnel, à la manière du « Trou de Han ». Voilà qui nous aidera sans doute à remettre en perspective ce dernier site, qui reste en fait exceptionnel dans le cadre de l’Europe entière, à la manière des grottes de Heathery Burn, dans le Nord de l’Angleterre, ou Bycí skála, en Tchéquie.

En cours…

L’enquête est en cours, mais devrait rapidement connaître une avancée majeure, avec l’achèvement du manuscrit d’une première monographie consacrée au site et au matériel du « Trou de Han ». Y seront étudiés les objets en or et en verre de l’âge du Bronze, ainsi que leur contexte, en collaboration avec Barbara Armbruster (CNRS, Toulouse), Bernard Gratuze (CNRS, Orléans), ainsi que Peter Cosyns (VUB) et d’autres.

 

 



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Eugène Warmenbol

 

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