Retour aux programmes de recherches en Belgique

Merbes-le-Château

La villa gallo-romaine du « Champ de Saint-Éloi »


La villa gallo-romaine du « Champ de Saint-Éloi » à Merbes-le-Château (province de Hainaut) a été mise au jour lors des fouilles préalables à l’agrandissement de la ZAE de Solre-sur-Sambre. Trois campagnes menées en 2006, 2007 et 2009 sous la direction de Nicolas Authom pour le Service de l’Archéologie de la Province du Hainaut du Service public de Wallonie et de Nicolas Paridaens pour le CReA-Patrimoine de l’Université libre de Bruxelles ont permis de dégager un vaste corps de logis avec ensemble thermal et deux structures annexes. Tant l’architecture que le mobilier témoignent du luxe de cette demeure antique construite à la fin du Ier ou au début du IIe siècle ap. J.-C. et dont la fréquentation semble s’arrêter dans les années 260.

plan_Merbes

Plan général de la villa de Merbes-le-Château. Le corps de logis est relié aux bains par une galerie en équerre. Au centre de la cour, un bassin. (Relevés et DAO : CReA-Patrimoine, ULB & DGO4, SPW).

 

cellierLe cellier situé au sud de la cour. L’accès s’effectue par un escalier en pierre et l’espace interne est rythmé par sept niches et un soupirail. Les trous de poteau visibles à l’avant-plan devaient supporter une superstructure en matériaux légers. (Photo N. Authom, DGO4, SPW).
 


Le domaine se situe à l’extrémité orientale de la cité des Nerviens, à 3,5 km de la chaussée reliant Bavay à la Meuse. Il est implanté en bordure de Sambre, à proximité de son confluent avec la Hantes, sur un faible versant orienté au nord.
Une fosse datée du Premier âge du Fer constitue la seule trace d’occupation antérieure à l’implantation gallo-romaine. Le corps de logis semble s’être développé à partir d’un premier noyau apparu à la fin du Ier ou au début du IIe siècle ap. J.-C. Il se compose d’une vingtaine de pièces réparties entre des grandes salles rectangulaires à l’avant et une série de petites pièces carrées rythmant l’arrière. Un petit portique, flanqué de deux pavillons, agrémente la façade tandis que dans l’angle sud-ouest, trois pièces sur hypocauste correspondent aux bains. Un cellier construit en opus vittatum se trouve au sud de la cour, à 20 m de la résidence. Des trous de poteaux dans la maçonnerie témoignent d’une superstructure en matériaux périssables.

 

caveLes enduits peints de la cave de l’aile sud du corps de logis. La touffe végétale constitue le seul motif décoratif. (Photos N. Authom et G. Focant, DGO4, SPW).

Dans la deuxième moitié du IIe siècle ap. J.-C., la villa est considérablement agrandie par l’ajout de deux ailes de part et d’autre du premier noyau. De dimensions égales, elles s’organisent chacune autour d’un vaste espace central. Le logis présente alors un plan rectangulaire de 91,50 m sur 19 m et totalise 51 pièces dont une grande cave ayant conservé ses enduits peints (décor à champ blanc et bandes d’encadrement rouges). Une galerie en équerre, longue de 130 m et flanquée au sud d’un pavillon, uniformise la façade et assure la circulation jusqu’au nouvel ensemble balnéaire adjoint à l’est de la villa. D’une superficie de 300 m2, ce dernier se compose de dix-sept pièces réparties entre un secteur chaud à l’est et un secteur froid à l’ouest. Sa création entraine la transformation des bains primitifs du noyau central en pièces d’habitat sur hypocauste. La cour est aussi réaménagée : un bassin, installé perpendiculairement au logis, lui confère une fonction d’agrément tandis que le cellier est remblayé.

Une plaquette dédiée aux « Cavaliers Danubiens »

Un dépôt a été découvert en 2006 enfoui dans l’une des petites pièces situées à l’arrière du bâtiment. Il se compose de deux chaudrons en alliage cuivreux et d’un coffret en bois à éléments métalliques : celui-ci renfermait une fiole à liquide précieux, quatre sesterces usés posés sur une plaquette en alliage cuivreux étamé dédiée aux « Cavaliers Danubiens », deux cuillères en argent et une bourse garnie de 122 antoniniens en argent. Petite cachette d’objets de valeur, d’objets sacrés ou dépôt d’objets personnels oublié, la nature de cet assemblage reste incertaine. Cette découverte enrichit nos connaissances sur ce culte à mystères peu connu dit « aux Cavaliers Danubiens » d’après son origine car le vrai nom de la divinité nous échappe encore. Très répandu dans la région du Danube, il s’agit ici d’un rare témoignage de ce culte en Gaule.

Un riche propriétaire

Les dimensions de la villa la classent parmi les grandes demeures rurales du Nord de la Gaule. Sa structuration (portique de façade, complexe balnéaire, cour résidentielle agrémentée d’un bassin) en fait une habitation luxueuse et confortable, agréablement installée en bord de Sambre. Mosaïques et revêtements de marbres locaux et méditerranéens complètent la décoration peinte. La vaisselle régionale côtoie des productions céramiques importées des provinces des Gaules et des Germanies. La richesse des occupants se reflète aussi dans leur alimentation, variée et de qualité. À table, ils consommaient porc, volaille, produits de la mer ou encore gibier. Aucun indice ne renseigne sur l’identité du propriétaire et sur les activités pratiquées au sein du domaine.

tresor

Le dépôt de Merbes-le-Château. A gauche, une fiole en verre, deux cuillères en argent, une plaquette dédiée aux « Cavaliers Danubiens », quatre sesterces et 122 antoniniens à l'origine contenus dans le coffret. A droite, deux chaudrons en alliage cuivreux. (Photo L. Baty, DGO4, SPW).

 


Ce programme de recherche est développé en collaboration avec la Direction de l'archéologie du Service public de Wallonie.


Pour en savoir plus :

  • Paridaens N., Authom N., Clerbois S., Delplancke M.-P. & van Heesch J., Une cachette d’objets de valeur des années 260 apr. J.-C. dans une villa de la cité des Nerviens (Merbes-le-Château, Belgique) dans Gallia 67-2, 2010, p. 209-253.
  • Paridaens N., Une plaquette aux « Cavaliers Danubiens » découverte à Merbes-le-Château (prov. Hainaut, Belgique) dans Archäologisches Korrespondenzblatt 40/3, 2010, p. 411-423.

Contact

Nicolas Paridaens

 

Haut de la page