Tombes multiples en cours
de fouilles dans le cimetière I

 

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Pachacamac (Pérou)

Le Projet Ychsma

Le site de Pachacamac, sur la Côte centrale du Pérou, constitue l'un des centres archéologiques majeurs de la préhistoire andine, tant par sa superficie - près de 600 hectares - que par sa profondeur temporelle : une occupation permanente de plus de 1500 ans attestée depuis les débuts de notre ère jusqu'à la conquête espagnole. Quatre civilisations précolombiennes (Lima, Wari, Ychsma et Inca) s'y sont succédées et ont chacune laissé d'impressionnants vestiges dans le centre monumental, entre autres sous la forme d'architecture d'adobe. Les recherches menées depuis 1992 se rapportent au fonctionnement, au développement et à l'influence du site durant la période Intermédiaire récent, ou période Ychsma (ca 900-1470). L'architecture de cette période se caractérise par la présence d'un modèle d'édifice répété à plusieurs dizaines d'exemplaires dans le site et les régions voisines. Ce modèle est connu sous le nom de pyramide à rampe.

Site de Pachacamac

Vue des fouilles en cours dans le cimetière I de Pachacamac

Le projet Ychsma actuellement en cours a reçu l'appui financier du FRFC, du FNRS, du CReA-Patrimoine, de la National Geographic Society (U.S.A.) et de la Fondation Brennan (U.S.A). Les objectifs principaux sont les fouilles dans le secteur des pyramides à rampe, l'établissement du plan complet du site grâce aux ressources informatiques et à l'imagerie de synthèse, et  l'exploration d’une exceptionnelle nécropole intacte mise au jour en 2004 . Ce vaste programme, mené en étroite collaboration avec les archéologues locaux et les autorités péruviennes, se déroule au rythme d'une campagne par an.
Les recherches menées incluent des fouilles, des relevés planimétriques de structures monumentales, et des études de matériel.

Les résultats auxquels nous avons abouti jusqu’ici touchent à différents domaines, qui seront ici résumés très brièvement.

La structure de l’autorité a été précisée grâce aux investigations menées dans les édifices monumentaux récurrents des sites de la région, connus dans la littérature comme « pyramides à rampes ». Il s’agirait en réalité des palais de potentats locaux, organisés de façon hiérarchique - avec Pachacamac comme capitale - et selon un modèle de succession dynastique. Les sites à pyramides ont ainsi grandi génération après génération, chaque palais étant à la mort de son occupant principal transformé en mausolée, tandis que le successeur construisait son propre palais. Ce modèle nouveau a suscité et continue de susciter un débat salutaire sein de la communauté andiniste, car jusqu’alors les interprétations du site se basaient exclusivement sur l’exégèse de quelques rares sources ethnohistoriques.

squelette

Momie découverte dans le Temple du Singe (Période Intermédiaire récente)

Le relevé planimétrique précis du site représentait une étape indispensable à l’avancement des recherches. De 2002 à 2008, nous avons poursuivi cette entreprise en nous servant des outils technologiques les plus récents (tachéomètre électronique et programmes informatiques d’enregistrement des données et de reconstitution architecturale) et avec l’aide des spécialistes les plus compétents (topographes, architectes, infographistes).

Outre les plans au sol et la mise au point d’une nomenclature pour l’ensemble des secteurs et édifices du site, l’objectif final est une maquette virtuelle de Pachacamac, en trois dimensions. Les applications scientifiques, pédagogiques et muséographiques de cette entreprise sont nombreux et fascinants, mais l’espace manque pour les détailler ici.

Les coutumes funéraires et rituelles associées au site sont un autre domaine que nous avons largement exploré. Pachacamac, outre le secteur des palais, comporte une enceinte sacrée avec un Temple du Soleil inca et un temple dédié à Pachacamac, dieu créateur côtier, oracle, thaumaturge maître des tremblements de terre et gardien des défunts. Tous ces aspects et d’autres ont été abordés au cours de nos recherches, notamment suite à la découverte d’un cimetière exceptionnellement intact au centre du site, dans une zone jusqu’alors réputée épuisée par les pillages. Cette découverte ouvre des perspectives immenses pour notre compréhension des sociétés andines, à tous niveaux.


matériel Le désert aride de la côte péruvienne favorise la conservation optimale de toutes les classes de matériel, jusqu’aux plus fragiles, comme les textiles ou les restes humains momifiés. Nous avons mené ainsi une série d’études de matériel dans des domaines divers, souvent avec le concours de spécialistes (céramique, anthropologie physique, bioarchéologie, textiles, paléoichtyiologie, malacologie, paléobotanique, anthracologie…). C’est ce dernier aspect qui a été développé depuis 2009.

En effet, contexte et matériel, contenant et contenu, représentent des facettes indissociables de l’interprétation archéologique. Jusqu’ici, nous avons tenté de mener les deux de front, et les missions de fouilles comprenaient toujours une ou plusieurs équipes chargées de traiter au fur et à mesure le matériel extrait. En ce qui regarde les contextes, les rapports de fouilles ont été établis au fur et à mesure des années, et nous sommes donc à jour sur ce point.

C’est de cette façon que nous avons pu avancer sur les divers points résumés ci-dessus, présenter des résultats, proposer des hypothèses, élaborer des modèles.

La chronologie régionale, basée sur la séquence céramique, constitue un autre axe essentiel. Il faut savoir que l’archéologie scientifique est née dans les Andes Centrales seulement après la seconde guerre mondiale, à l’exception de quelques pionniers. Plusieurs centaines de milliers de tessons, de vases entiers, et des dizaines de datations absolues ont permis de bâtir petit à petit une séquence fiable, divisée en 3 phases (Ychsma ancien, moyen et récent) et plusieurs sous-phases, pour la période 900-1533 ap. JC. Depuis 2004, nos fouilles ont conduit à la découverte de contextes plus anciens encore, remontant jusqu’aux débuts de l’occupation du site vers 500 ap. JC.

Bouteille céphalomorphe issue d'une tombe Horizon moyen
Tumi (couteau sacrificiel) en alliage or et cuivre, Période Intermédiaire récente finale

 



Pour en savoir plus :

  • Site web du projet Ychsma
  • Pachacamac durant l'Intermédiaire récent. Etude d'un site monumental préhispanique de la Côte centrale du Pérou, P. Eeckhout, British Archaeological Reports International Series, 747. Hadrian Books Ltd, Oxford, 1999.
  • Arqueologỉa de la Costa Central del Perú en los Periodos Tardios, éd. P. Eeckhout, Boletin Tematico del Instituto Francès de Estudios Andinos, Lima (2004).
  • Ancient Peru’s Power Elite, P. Eeckhout, National Geographic Magazine (Washington DC), vol. 207(3) (2005), p. 52-57.
  • Human Sacrifice at Pachacamac, P. Eeckhout & L.S Owens. Latin American Antiquity (Washington DC), vol. 19(4) (2008), p.375-398.
  • Nuevas evidencias sobre costumbres funerarias en Pachacamac, P. Eeckhout,  in Max Uhle (1856-1944). Evaluaciones de sus investigaciones y obras, ed. Peter Kaulicke,  Manuela Fischer, Peter Masson & Gregor Wolff p.151-163. Fondo Editorial de la Pontificia Universidad Católica del Perú, Lima (2010).

Contact

Peter Eeckhout

 

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